La littérature gay
Bien que réprimée pendant des siècles par les autorités religieuses et civiles, l’homosexualité a cependant sa place dans la littérature : Le Banquet de Platon en fait l’apologie et certains voient dans les romans de la Table Ronde, par exemple Perceval ou le roman du Graal, dans les relations entre les chevaliers d’Arthur, les prémices d’une littérature bien moins catholique qu’il n’y paraît. Sans parler des Sonnets de Michel-Ange, dédiés aux beaux yeux d’un jeune romain, ni des œuvres du libertin Théophile de Viau. Réprimée mais souvent couchée sur le papier au fil des siècles, dans des œuvres parfois censurées, l’homosexualité a aujourd’hui sa propre littérature et, débarrassée des romans pornographiques, celle-ci n’est pas exclusivement destinée aux homosexuels – même s’ils sont le premier public visé.
Quand on parle de littérature on pense d’abord au roman, c’est pourquoi cette bibliographie se concentrera sur ce genre en particulier. Toutefois il ne faut pas s’empêcher d’être curieux : les Poèmes homosexuels de François Villon ou les pièces de Christopher Marlowe, comme Edouard II, méritent qu’on s’y intéresse.
Il n’est pas simple de donner la définition de « classique » quand il s’agit de littérature, c’est pourquoi nous n’avons cherché ni à innover ni à trancher. Cette section regroupera des ouvrages d’auteurs reconnus, ou des romans primés.
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Roman inclassable de l’œuvre de Virginia Woolf, dédié à la poétesse Vita Sackville-West avec laquelle l’auteur a entretenu une relation amoureuse, Orlando raconte l’histoire d’un jeune courtisan anglais qui, suite à un curieux sommeil d’une semaine, se réveille transformé en femme. Le livre se présente comme une biographie fictive. Virginia Woolf y expérimente des formes narratives nouvelles pour l’époque. Pour certains, Orlando serait une autobiographie dans laquelle la transformation du personnage principal est une métaphore du passage à l’âge adulte de l’auteur. Moins connu que Mrs Dalloway, on y retrouve néanmoins l’attachement de l’auteur à la description psychologique de ses personnages. |
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Attribué à Oscar Wilde et publié clandestinement à Londres en 1893, Teleny raconte les amours homosexuelles, érotiques et tragiques de René Teleny, un pianiste génial, et Camille Des Grieux. Deux hommes qui vont s’aimer et se déchirer tour à tour. Plusieurs spécialistes de Wilde, dont son biographe H. Montgomery Hyde, lui ont attribué ce roman car, selon eux, on y retrouve à la fois la verve de sa plume, sa recherche du plaisir, le pressentiment de sa chute, ses références littéraires et ses aphorismes. A noter que l’édition de la maison Le Pré aux Clercs est augmentée d’une enquête littéraire expliquant les raisons qui poussent certains, au-delà du seul style, à attribuer cet ouvrage au père de Dorian Gray. |
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Publiée en 1944, Les Amitiés particulières est le roman le plus connu de Roger Peyrefitte. Il lui a valu le prix Renaudot en 1945. L’intrigue tourne autour de Georges de Sarre, un garçon de quatorze ans scolarisé dans un pensionnat catholique, et d’Alexandre Motier, un élève de douze ans. En voulant protéger les garçons des « amitiés particulières », les prêtres du pensionnat détruiront à la fois cette relation et l’un des garçons. Porté à l’écran en 1964, le film s’avère particulièrement fidèle au roman et ne modifie que des points de détails. On a loué cette œuvre pour l’élégance de l’écriture de Roger Peyrefitte et pour la discrétion avec laquelle il traite de l’homosexualité. |
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William S. Burroughs est considéré comme l’un des plus grands auteurs américains du XXe siècle. Avec Les Garçons sauvages, nous sommes en 1988 et les adolescents guérilleros, rompus à toutes les armes du sexe et de la drogue, vont dévaster la terre. Ce livre, publié pour la première fois en 1969, synthétise le conflit entre générations, entre la jeunesse et l’Etat. « On ne résume pas un livre comme celui-ci. On le lit, on y va voir, et on en revient pantelant. » [quatrième de couverture]
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Eric Jourdan est né en 1938. Il avait à peine dix-sept ans quand Les Mauvais anges, son premier roman, a été publié. Ce livre qui traite de la relation amoureuse et charnelle de deux adolescents a été censuré pendant trente ans suite à une décision prise à l’époque par la Commission du Livre. Gérard et Pierre sont amis depuis l’enfance. Au cours d’un été passé ensemble, ils vont découvrir que leur amitié s’est transformée et que leur corps ont changé depuis l’époque où ils n’étaient que des enfants. Leur relation devient passionnée, et violente. Ce livre est l’histoire d’une folle passion. Selon Jean-Jacques Pauvert, auteur de la présentation de l’ouvrage, « l’aura de trouble infini qui baigne ces Mauvais Anges […] ne peut manquer d’aller droit au cœur ». |
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Le roman le plus connu de la poétesse et écrivain Radclyffe Hall, Le Puits de solitude, raconte l’histoire de Stephen Gordon, une jeune femme élevée comme un garçon et qui découvre son homosexualité dans les bras d’une femme mariée. Abandonnée par cette dernière, Stephen va voyager et faire diverses rencontres, pour finalement trouver l’amour pendant la Première Guerre mondiale. Elle aime, jusqu’à ce que la société et les convenances ne les rattrapent, elle et sa compagne. Ce roman publié en 1928 a fait scandale à cause de son sujet : l’homosexualité féminine. A l’époque, le ministre de l’Intérieur anglais a ordonné qu’il soit retiré des ventes et le tribunal d’instance de Londres a ordonné que les exemplaires parus soient détruits pour obscénité et immoralité. Véritable plaidoyer en faveur de l’homosexualité, ce roman est aujourd’hui considéré comme une référence.
Il faut avouer que les romans spécifiquement gays ont parfois un intérêt limité, des histoires simplettes servant de prétexte à l’étalage de scènes crues ou érotiques, voire pornographiques. Ces ouvrages s’adressent à un public homosexuel qui cherche des lectures simples pour se détendre ou se sentir émoustillé à moindre frais. Cependant, il suffit de creuser un peu pour trouver des perles (à défaut de pétrole !), notamment dans ces romans « tout public » dont l’homosexualité est un thème plus ou moins central. Le choix étant très vaste, notre sélection s’est concentrée sur les ouvrages que nous avons lus et aimés. Roman de détective ou roman historique, contes ou roman social, nous avons essayé de diversifier les genres pour que chacun puisse éventuellement y trouver son compte.
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Reçu à l’Académie française en mars 2007, Dominique Fernandez est spécialiste de l’art baroque et de la culture italienne. Il n’en fallait pas moins pour faire revivre l’époque bouillonnante de la Rome du XVIe siècle. La Course à l’abîme est une biographie romancée de Michelangelo Merisi da Caravaggio, plus connu sous le nom de Caravage. Au mépris des lois, l’artiste aime passionnément les garçons et le dévoile dans certaines de ses toiles, d’un érotisme troublant. C’est un roman très dense et il faut avouer qu’il n’est pas forcément facile d’accès, mais une fois happé dans l’histoire il devient difficile de le refermer avant d’avoir tourné la dernière page. |
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Dans Porporino ou les mystères de Naples, Dominique Fernandez se penche sur l’univers des castrats italiens de la fin du XVIIIe siècle. L’érudition de l’auteur se retrouve à chaque page de cette autobiographie fictive dans laquelle se retrouvent des personnages illustres tels que Mozart, Casanova ou encore Lord Byron. A travers les yeux du narrateur, un castrat, c’est toute une époque qui revit. Un roman prenant, récompensé par le prix Médicis en 1974.
Prends-moi par la main, de Joseph Sheri, raconte l’histoire de plusieurs personnes gravitant autour d’un adolescent hors norme, Paul. Irrésistiblement attiré par les hommes, ce dernier ne peut s’empêcher d’aller les séduire le long des routes de Georgie. Au cœur d’un des états les plus conservateurs des Etats-Unis, ceux qui l’aiment vont faire de leur mieux pour le protéger des dangers qui le guettent : le sida, la police, les lynchages. Mais combien de temps pourront-ils le préserver ? Ce roman à plusieurs voix repose sur ce suspense, de plus en plus fort au fil des pages, de la protection de Paul. Un roman poétique et juste mais qui n’a malheureusement pas trouvé son public au moment de sa sorti en 2003.
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Publié en 2009 dans la collection « Grands détectives », Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles place Oscar Wilde en position de personnage plutôt que d’écrivain. Alors qu’il s’apprête à écrire Le Portrait de Dorian Gray, monsieur Wilde découvre dans un meublé le corps d’un jeune prostitué. Le romancier va alors tout faire pour rendre justice à Billy Wood, aidé de ses fidèles amis Robert Sherard et Arthur Conan Doyle. Gyles Brandreth, l’auteur, est un inconditionnel du célèbre dandy irlandais. Ses romans, aujourd’hui publiés dans quatorze pays, restituent avec soin le génie du personnage. |
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Publié à partir de 1976 dans le quotidien The San Francisco Chronicle, Les Chroniques de San Francisco ont ensuite été réunies en six volumes. Dans ces livres, Armistead Maupin raconte le quotidien d’un groupe d’amis vivant dans un immeuble de Barbary Lane : Mary-Ann Singleton, jeune femme qui quitte sa ville natale pour s’établir à San Francisco ; madame Madrigal, la propriétaire ; ou encore Michael Tolliver, jeune homosexuel qui a du mal à faire son chemin dans la vie et à trouver l’homme avec qui il va la passer. Chacun de ces romans est un best-seller. À noter qu’un septième volume est paru en 2009 : Michael Tolliver est vivant.
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Dans la ville des chasseurs solitaires est un roman que son auteur, Tom Spanbauer, a mis dix ans à écrire. En partie autobiographique, ce livre raconte l’histoire de William Parker, jeune provincial qui débarque à Manhattan en 1983 pour rechercher son ami d’enfance, un Indien appelé Charlie2Lunes. L’initiation de Will à Manhattan est un cri d’agonie et d’amour. Amour de ceux qui enveloppent Will de leur amitié. Amour pour Rose, une drag-queen de près de deux mètres avec laquelle Will vit une passion flamboyante. Agonie car le sida commence son œuvre de mort, tandis que la « culture gay » émerge, avec toute sa vivacité et son originalité. [quatrième de couverture]. Le style très particulier de l’auteur rend ce roman un peu difficile à suivre, il est facile d’abandonner en cours de route, mais pour qui s’accroche c’est une très belle histoire d’amour. |
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Moi, Sporus, prêtre et putain est un roman historique qui raconte l’histoire d’un destin exceptionnel. En effet, qui aurait cru que Sporus, jeune garçon prostitué par sa belle-mère dans un bordel de Subure, un quartier mal famé de la Rome antique, deviendrait prêtre de la déesse Cybèle et ami de l’empereur Néron ? Paru en 2001, ce livre écrit à la première personne est à la fois amusant, car le narrateur a la dent dure et un certain sens de la formule, et très bien documenté. L’auteur, Cristina Rodriguez, a publié d’autres romans sous le pseudonyme de Claude Neix.
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Sur fond de foot féminin, Carton rose raconte l’histoire de deux femmes que tout oppose et que l’amour va réunir. Une histoire presque banale qui passerait inaperçue sans le ton mordant de l’auteur, qui fait une parodie assumée des romans Harlequins. C’est drôle, c’est caustique et ça se dévore. Cy Jung est une romancière connue pour ses romans lesbiens où l’érotisme n’est pas voilé. En 2009, elle a reçut un prix d’honneur pour l’ensemble de son œuvre lors de la remise du prix du Roman lesbien 2008. |
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Les romans sélectionnés dans cette partie sont tous sortis en 2009. Nous n’avons pas lu la plupart d’entre eux et nous nous sommes fiés à d’autres avis que les nôtres pour choisir – principalement des blogs et des sites gays et lesbiens.
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Kurwenal ne se croyait pas exemplaire. Il se savait exemplaire, donc condamné. Si vous voulez en savoir davantage, tournez-vous vers sa famille, les usines de son père, les nostalgies de sa mère. Il vous faudra aussi rencontrer son Patron, à la Trans World Press, l'agence de photo-reportages pour laquelle il a travaillé pendant vingt ans, sur tous les théâtres de guerre. Ou bien interrogez cet homme, David, le compagnon de sa vie, ou cette femme, Sarah, avec qui il formait un étrange trio amoureux. Recomposez le triangle, fouillez ! Kurwenal est l'un des romans majeurs de la première décennie de la carrière d'écrivain d'Yves Navarre dont l'apogée sera marqué par l'attribution du prix Goncourt au Jardin d'acclimatation en 1980. On y retrouve tous les thèmes chers à l'auteur : la primauté du sentiment, la fragilité de la rencontre amoureuse, l'emprise étouffante de la société marchande ou encore la quête obstinée de rapports humains plus vrais, plus lumineux, porteurs d'espoir. C'est aussi un roman prémonitoire puisque l'auteur, comme son personnage, choisira de se retirer du monde. [quatrième de couverture] |
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Publié pour la première fois en 1980, Le Jardin d’acclimatation a été réédité cette année par les éditions H&O. Ce roman a été récompensé par le prix Goncourt l’année de sa sortie. « C'est l'histoire d'un homme jeune qui doit souffler ses quarante bougies. Il ne peut pas le faire. Il ne sait même plus souffler devant lui. » Pour Bertrand Prouillan la vie s'est figée un certain 9 juillet, jour de ses vingt ans, au retour d'un séjour à Barcelone où son père a fait pratiquer sur lui une lobotomie. Ainsi Henri Prouillan a-t-il pu, sans crainte de scandale, accéder pendant dix-sept mois à la fonction de Ministre dans le gouvernement du moment. Vingt ans plus tard, la famille a éclaté, chacun a fait sa vie en tentant d'oublier son rôle dans le drame. Mais, en ce jour anniversaire, l'heure des comptes avec le Père aurait-elle sonné ? [quatrième de couverture]
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Second roman d’Axelle Mallet, Le Choix de la reine est une comédie romantique ancré dans le quotidien. Elena n aurait jamais imaginé que sa fille de 15 ans la surprendrait dans le lit de Louise, son amante. C’est pourtant ce qui s’est produit. Depuis, entre culpabilité et irrésistible besoin d’être elle-même, elle se débat. Quant à Louise, elle fait profil bas et prend ce qu’Elena parvient à lui offrir. Mais dans ce jeu de dames où l’adolescente semble mener la danse, une inconnue pourrait bien venir jouer les trouble-fêtes. Dans ce cas, qui aura le dernier mot ? [présentation de l’éditeur] |
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Le Jardin de Shahrzad ou comment être à la fois Iranienne et lesbienne. Tel est le dilemme auquel est confrontée Shahrzad. Après onze années passées en Italie, la voici, à 29 ans, de retour pour la première fois au pays des ayatollahs, le temps d'un été. Que sont devenus ses proches ? Comment s'accoutument-ils de la pression quotidienne ? Certains résistent, d'autres sont partis, parfois revenus. C'est le cas de Parvin, son amour d'adolescente, maintenant divorcée et mère d'une petite fille. Aura-t-elle une chance de la reconquérir ? Mais que pourrait-elle lui offrir dans un pays où le célibat est une maladie mentale et l'homosexualité, une maladie mortelle ? Derrière ce pseudonyme se cachent trois lesbiennes et une transsexuelle qui parlent de plusieurs endroits : l'Iran, l'Europe et les États-Unis. Des personnes courageuses qui osent dénoncer la condition des minorités sexuelles en Iran, mais suffisamment lucides pour ne pas le faire à visage découvert. Ce roman est un réquisitoire contre la loi islamique qui condamne l’homosexualité. [quatrième de couverture] |
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Cette bibliographie n’est qu’un échantillon de ce que l’on peut trouver dans les rayonnages des librairies, sans forcément devoir se rendre dans un rayon dédié au genre. L’homosexualité fait partie de la littérature comme elle fait partie de la vie et même si les auteurs homosexuels sont les premiers à en parler, notamment pour dénoncer ces injustices qu’ils subissent au quotidien, ils ne sont pas les seuls à le faire. De plus, en dehors d’une littérature bien spécifique, rares sont les auteurs qui ne s’adressent qu’à un public gay.